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COVID-19 : À quoi pourrait ressembler le "monde d'après" ?

La pandémie a bouleversé le quotidien de près de 2,6 milliards de personnes à l’échelle mondiale, contraintes de se confiner pour limiter la propagation du virus. Déconfinés depuis peu, de plus en plus de créateurs, designers, ou simples débrouillards, proposent des solutions pour promouvoir la distanciation sociale et la prévention en vue d’endiguer une éventuelle seconde vague, tout en permettant au plus grand nombre de jouir de leur liberté retrouvée. Mais quelles sont ces innovations qui pourraient bien révolutionner notre quotidien ?


La réalité augmentée favorise le télétravail.


Dans le domaine professionnel, la dématérialisation et l’usage des technologies a révolutionné notre façon de travailler, la tendance étant au e-learning et au télétravail, favorablement accueillis par 62% des salariés lors du confinement. Et cela n’a pas échappé aux gros groupes qui redoublent de moyens et d’inventivité pour faciliter ces usages. Facebook, qui travaillait bien avant le confinement sur un outil de travail à distance, a pu profiter de la crise sanitaire pour lancer une version de réalité augmentée du télétravail. Dans celle-ci, on utilise la technologie d’un casque Oculus Quest (un casque de réalité virtuelle notamment utilisé dans les jeux-vidéos) et d’un mode dédié au télétravail. Ce mode nous plonge dans un environnement où des écrans virtuels sont équipés de tout le nécessaire pour travailler (comme des applications ou encore un mode de navigation internet) avec en prime la possibilité de pincer virtuellement ces écrans pour les organiser dans l’espace à notre guise. Une façon de nous isoler dans un bureau virtuel où l’on veut et quand on veut qui pourrait bien réviser notre conception du télétravail en abolissant les contraintes qui y sont liées, comme le manque d’espace chez soi, la difficulté de rester concentré ou encore la difficulté de trouver un endroit où s’isoler pour accomplir nos tâches.


Des moyens de divertissement au service de l’éducation.


Dans le domaine de l’éducation, on peut relever l’initiative de Microsoft qui rend accessible gratuitement (jusqu’au 30 juin 2020) le mode éducation de Minecraft, le célèbre jeu-vidéo développé par Markus Persson alias Notch, sur son marketplace. Il existait déjà depuis 2016 une édition “éducation” qui permettait un usage didactique et ludique en classe, notamment autour des matières enseignées du primaire jusqu’au secondaire. Dans la version 2020, il n’est plus seulement question d’appréhender les mathématiques, l’Histoire ou encore la géographie, mais par exemple d’apprendre à coder, de visiter la Station Spatiale Internationale ou de s’improviser biologiste marin. Parallèlement, des étudiants de Sciences Po Paris ont recréés leurs salles de classe non seulement pour s’amuser, mais aussi pour bénéficier du mode collaboratif du jeu pour suivre leurs cours. Par cet exemple, on pourrait parier sur l’ajout de fonctionnalités sur Minecraft qui pourrait révolutionner le quotidien de millions d’élèves et d’étudiants à travers le monde entier. À noter également que le jeu a permis à des étudiants japonais de participer virtuellement à la cérémonie de remise des diplômes de leur université, tandis que d’autres ont optés pour des robots pour faire acte de présence.

En outre, on pourrait s’attendre à l’avènement d’un jeu-vidéo alliant la technologie de réalité augmentée pour permettre aux étudiants comme aux enfants d’apprendre et de découvrir le monde sous un autre angle, tout en restant chez eux en cas de confinement ou encore d’hospitalisation longue durée. Dans la même idée, certaines chaînes de télévision pourraient voir le jour exclusivement pour délivrer un contenu dédié aux enfants de la primaire au lycée, comme cela a été le cas lors du confinement. France 4 notamment a fait preuve d’adaptation en lançant dès le 23 mars dernier des programmes à destination des élèves du secondaire pour leur permettre de poursuivre les cours à domicile, tout comme le CNED qui a utilisé sa plateforme d’apprentissage à distance “Ma Classe est à la maison”.

Crédits : Minecraft / BFM TV

Vie quotidienne : la tendance est à la distanciation sociale et à la prévention.


Le déconfinement est acté, les consignes de sécurité données et les masques distribués dans les villes du territoire français. Petit problème avec les masques : il faut les garder tout le temps sur le nez, ce qui est peu pratique quand on possède un téléphone configuré avec la reconnaissance faciale. Si la problématique peut faire sourire, il n’empêche qu’elle a inspiré l’artiste américaine Danielle Baskin qui a créé le Face ID Mask, un masque permettant cette reconnaissance. Plus d’excuse donc pour ne pas garder le masque en toutes circonstances.


Côté économie, le confinement a fortement impacté les restaurateurs qui ont trouvé quelques astuces pour encourager leurs clients à affluer tout en faisant preuve de responsabilité. Si en Asie et aux Etats-Unis ces derniers ont opté pour des peluches placées sur les sièges, ou encore des mannequins en costumes dans les établissements à thèmes pour marquer les un mètre de distanciation sociale, d’autres en Europe ont préféré mettre en place des mini-serres pour permettre à leurs clients de profiter d’un bon repas en extérieur. Autre solution proposée par le designer normand Christophe Gernigon : Plex’eat, une cloche de Plexiglas suspendue au-dessus des tables pour délimiter un espace personnel. Un concept qui a déjà conquis de nombreux professionnels du secteur qui peuvent désormais se les procurer dans le monde entier via le site SITOUR. Le designer ne s’est d’ailleurs pas arrêté là en publiant sur instagram le 29 mai dernier le design de Plex’eat Duo pour permettre un dîner en tête-à-tête en toute sérénité.


Outre les restaurants, les espaces publics sont également devenus les terrains fertiles de l’innovation en matière de prévention. Ainsi, bon nombre de pays comme Singapour ont adopté depuis le déconfinement l’usage du scotch coloré pour démarquer les espaces utilisables dans les stades, les métros ou encore comme marquage au sol dans la rue. Le mobilier urbain pourra aussi être mis à contribution, notamment avec de nouveaux feux piétons “sans contact” permettant aux usagers de ne pas toucher le bouton s’ils désirent traverser. Dans la même idée, l’entreprise chinoise Anhui Easpeed Technology Co. a développé un hologramme de boutons d'ascenseur pour ne pas avoir à toucher les boutons présents dans ceux-ci.


On pourrait s’attendre aussi à la démocratisation de systèmes permettant de contrôler la température des personnes entrant dans les magasins et autres espaces clos pour détecter la fièvre. Mieux vaut prévenir que guérir. La Chine l’a également bien compris avec ses livreurs UBER dont la température est affichée en temps réel pour rassurer les clients sur Google Maps. Serait-ce un pas vers le développement d’une application capable de mesurer la température en temps réel de ses utilisateurs ? Probablement. Qui sait, peut-être aurons-nous quelques mises à jour sur nos appareils connectés préférés en ce sens dans les mois voire années à venir... Même si cela soulève de nombreuses questions éthiques.


Enfin, pour les agoraphobes ou les hypocondriaques, “être dans sa bulle” du studio de design Designlibero, pourrait bien devenir leur nouvel allié. Le principe ? Une bulle-bouclier climatisée unipersonnelle à revêtir, fonctionnant grâce à de petits panneaux solaires, empêchant les virus et la pollution de rentrer en contact avec son porteur.


L’ère des robots a sonnée.


Chez les particuliers aussi, il y a de la suite dans les idées. Lors du confinement, des vidéos de voisins s’entraidant via livraison de divers objets par drones interposés ont fait le tour du monde. Et si les livraisons pouvaient se faire grâce à la technologie et la robotique ? L’idée est séduisante, d’autant plus que cela éviterait à une partie des livreurs humains de s’exposer aux risques de contamination. Outre les drones auxquels on pense immédiatement, des robots pourraient aussi s’en charger à l’instar de Space Egg. Développé par le géant chinois Alibaba et disponible depuis 2018, ce robot porteur était jusque-là réservé au domaine de l’hôtellerie où il aidait les employés dans leur travail. Cependant, si effectivement il pourrait se démocratiser pour servir de robot livreur, ce n’est pas pour cet usage qu’il a été mis sur le devant de la scène ces derniers mois. En effet, une de ses versions a été réactualisée pour en faire un robot virucide capable de désinfecter des grandes surfaces pouvant aller jusqu’à 10 000 m² par heure selon les médias locaux. Il n’est d’ailleurs pas le seul puisqu’un autre robot, le Xenex Lightstrike, a fait ses preuve dans la lutte contre le Covid-19 grâce aux ultraviolets.

Si des robots peuvent tuer les virus, d’autres se chargent de surveiller nos rues. En Tunisie de nouveaux robots policiers dont la mission était de contrôler les personnes qui sortaient ont ainsi fait leur apparition. Contrôlés à distance par des policiers, ces robots P-Guards sont équipés de caméras et de micros afin que les agents puissent directement interagir avec les contrevenants. Là encore, leur usage a été détourné puisqu’à l’origine, ils s’occupaient de la surveillance des entrepôts ou encore des entreprises. L’entreprise qui en est la créatrice a déjà pensé à les transformer au service des hôpitaux dans lesquels ils pourraient permettre de trier les patients selon leurs symptômes.


Des bornes et des poignées de portes autonettoyantes.


En restant de le domaine de la santé, la pénurie de gel hydroalcoolique a aussi fait naître quelques idées. On peut citer ainsi l’entreprise lyonnaise Comète qui a développé So Clean, une borne tactile dont l’écran est recouvert de gel antibactérien efficace pendant 5 ans, Gel Express, une borne permettant aux passants de se nettoyer les mains, développée par un jeune ingénieur, ou encore la borne désinfectante de la société française EverCleanHand. Et si les poignées de porte vous effraient, sachez que plusieurs solutions existent. La plus connue est certainement Yanook, un crochet multifonctions qui limite le contact avec celles-ci, mais il existe aussi Hands Free 3D développé par le studio belge Materialise que les détenteurs d’imprimantes 3D pourront fabriquer chez eux, et pour finir Skoon Handle qui consiste en une poignée de porte autonettoyante.


Un programme pour l’avenir en Afrique.


Si dans nos sociétés hyper connectées le confinement a contraint les entreprises à adopter le télétravail et les visioconférences, le continent africain n’a pas eu cette même chance, ce qui a davantage impacté son économie. Parti du constat selon lequel il était impossible de créer une entreprise sans disposer d’internet, le président kenyan Uhuru Kenyatta a accepté la mise en place le 23 mars dernier du programme Loon d’Alphabet, un programme permettant l’accès au web. Le programme était déjà en projet en 2018 mais il a fallu attendre la situation d’urgence de confinement pour être lancé. Son principe ? Déployer des ballons équipés de la 4G dans les coins les plus reculés du pays.

Loon a pour vocation de permettre aux pays du monde entier (et surtout les pays où il est difficile de mettre en place des raccords internet) de disposer de la 4G pour augmenter leurs chances de maintenir voire développer leurs économies. Un programme prometteur donc.


Voyages & Transports : Le futur c’est pour maintenant.


Les compagnies aériennes sont exposées à un problème de taille concernant leurs vols : une distanciation sociale difficile à respecter et un faible taux de remplissage de leurs appareils en cas d’adaptation. Avio interiors a cependant réfléchi à cette problématique et a proposé récemment la conception de nouveaux sièges d’avion qui permettrait de concilier les deux. Glassafe repose sur le même principe que Plex’eat : il s’agit d’un dispositif en plexiglas qui peut être ajouté aux sièges existants et qui permet de réduire les contacts entre passagers. Janus quant à lui repose davantage sur une réorganisation des sièges dans les avions en retournant le siège du milieu pour “assurer le maximum d’isolation entre passagers assis l’un à côté de l’autre” précise l’entreprise. En plus de cette redisposition, un séparateur en plexiglas complétera l’ensemble.

Dans le domaine des transports, le projet d’Elon Musk et son Hyperloop Alpha pourrait aussi venir bousculer notre manière de se déplacer dans les décennies à venir. Pour rappel, l’Hyperloop est une sorte de train magnétique propulsé dans un tube à une vitesse de 1200km/h. Ce concept tout droit sorti d’un film de science-fiction pourrait pourtant bien voir le jour, surtout quand on sait que la SNCF a déjà investi dans le projet. Combiné avec des dispositifs comme Glassafe et Janus, on peut aisément imaginer faire un trajet Paris - Marseille en 40 minutes, en toute sécurité.


Loisirs : de nouvelles tendances.


On s’en est rendus compte pendant le confinement, les lieux culturels se sont adaptés au mieux pour nous offrir la possibilité de continuer à les visiter… en ne bougeant pas de chez soi ! Le Louvre, les châteaux de Chambord, de Chenonceau et de Versailles, la Chapelle Sixtine, la Basilique St Pierre ou encore le tombeau de Toutankhamon et bien d’autres, ont ainsi ouverts virtuellement leurs portes pour le plus grand bonheur des amoureux de l’Art et de ces lieux mythiques.

Et pour les amoureux du septième art frustrés de ne pas pouvoir se confiner dans une des salles obscures, les drive-in (ou ciné-parc) leur ont permis de profiter d’une bonne séance au grand air dans le respect des gestes barrières. Les drive-in, démocratisés dans les années 1920-1930 aux Etats-Unis, reposent sur un concept simple et efficace : vous venez avec votre voiture sur le lieu de projection et vous n’avez plus qu’à profiter de l’écran géant. En solo ou en couple, c’est une solution efficace en attendant la réouverture des salles de cinéma, qui pourrait même relancer une mode pour peu que les périodes de confinement se généralisent dans les années à venir. L’industrie du cinéma n’aura donc pas à s’inquiéter de l’impact éventuel d’une nouvelle vague et les cinéphiles non plus.


Comme nous avons pu le constater le “monde d’après” pourrait bien accélérer la tendance à l’hyper connexion et à l’avènement de technologies de pointe qui seront à même de limiter, voire d’endiguer les problèmes liés à d’éventuelles pandémies. Si certains dispositifs sont simples à mettre en place et applicables immédiatement, d’autres demandent davantage d’investissement et pourraient s'immiscer dans notre quotidien dans les décennies à venir. Toujours est-il que le COVID-19 et le confinement auront permis pour beaucoup de créatifs de révéler leurs talents.


Pour aller plus loin :


https://www.lemonde.fr/m-styles/article/2020/05/13/les-designers-inventent-des-objets-anticoronavirus_6039507_4497319.html?fbclid=IwAR0R1T8X8T5kMBKrLUbfH7EAa2Sljg20dGcDbCQUOO8942LVVkrJeDUDL_A


https://www.arcinfo.ch/dossiers/coronavirus/articles/coronavirus-top-10-des-mesures-les-plus-originales-pour-faire-respecter-les-2m-de-distance-941214?fbclid=IwAR1tpfQEY6jRiQWn8tr3oKGyGpQal6fMGS14voicBG33ISlzWvHK4xPX6Mk


Rédactrice : Eva

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